À la découverte de la robe de mariée des fées

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La Mucidule visqueuse, auréolée de magie. ©Émilie Bourgeois

Histoire d’une rencontre avec un champignon totem :  la Collybie visqueuse, au doux nom latin de Mucidula mucida. Par Émilie Bourgeois

Parmi les innombrables belles valeurs, mes parents m’ont transmis la nécessité de regarder plutôt que voir. La beauté est partout. Passionnée de mycologie depuis toute petite, j’ai dû me débrouiller seule en volant de mes propres ailes. Seule avec mes livres, puis sur les réseaux sociaux, puis en association. Et tous les jours, le regard s’allume, l’émotion gagne. Je vous propose de partager mes coups de cœurs, mes champignons des fées, mes totems. Je ne pouvais pas débuter sans évoquer la robe de mariée des fées : Mucidula mucida, la Mucidule visqueuse. Je la voyais dans les livres, dans les expositions elle perdait de ses couleurs. Elle n’est jamais si belle que dans son milieu, comme tous les champignons, me direz-vous. Mais elle encore davantage.

En septembre 2020, nous décidons, mon mari et moi, de partir, sur un coup de tête deux jours, dans le massif de la Chartreuse pour randonner et profiter de ce petit été indien en cette période déjà si compliquée. Chargée de la première activité, je propose le petit tour de la cascade du Cirque de Saint-Même. Endroit emblématique, prisé des amoureux de la Chartreuse.

La gracieuse Mucidula mucida. ©Laurent Francini

Une délicate transparence

Après un petit passage, nous nous engageons sur la gauche et ça grimpe très vite, très fort. Comme à son habitude, mon mari part devant, il reviendra me chercher. Il sait que je ne suis pas rapide et que j’ai besoin de contempler. J’écoute le bruit de la grande cascade au loin, les couleurs sont magnifiques… Et soudain je les vois, au-dessus de moi, suspendues dans les airs, blanches, brillantes, sur le tronc d’un magnifique Hêtre (elle est monogame), telles des funambules. Je l’ai rêvée sur mille sentiers, cette Mucidule… Elle m’a cueillie dans cet endroit paisible. Les larmes me viennent et j’en ai le souffle coupé… Je reste des longues minutes à la regarder, la sentir…. Je trouve qu’elle sent la prune. Le petit cliché que je prends ne saurait rendre sa délicate transparence.

Autrefois appelée Oudemansielle, la Collybie visqueuse offre toujours un moment de grâce quand on la découvre en forêt. ©Laurent Francini

L’instinct primitif de connexion

Combien de temps s’est-il écoulé avant que mon mari ne redescende, étonné que j’aie si peu avancé ? Je ne saurais dire. Il m’a trouvée figée avec mon sourire béat, et lui qui n’est pas « champignons » s’est arrêté, stupéfait de rencontrer une telle beauté. Il me dit tout doucement qu’elle m’attendait… Nous continuons, j’ai la tête ailleurs, la suite est magnifique, cette grande cascade apaise le randonneur un peu éprouvé par l’ascension. Nous n’aimons jamais tant que ces moments de quiétude en montagne, avec un peu d’eau, où nous nous sentons tous petits mais tellement dans le moment présent. La suite de nos pérégrinations autour du monastère de la Grande Chartreuse sera à la hauteur de nos espoirs. Ce n’est décidément pas pour rien que de tous temps, certains ont ressenti cet instinct presque primitif de connexion à quelque chose de plus grand que nous, peu importe le nom qu’on lui donne. C’était la robe de mariée des fées du Cirque de Saint-Même, un moment aussi suspendu qu’elle dans la beauté de l’automne.

La Collybie visqueuse présente un chapeau toujours humide et profondément strié. ©Jean-Christophe Vianney

Ce qu’il faut savoir sur Mucidula mucida :

La Mucidule visqueuse (Mucidula mucida, syn. Oudemansiella mucida) ne pousse quasiment que sur Fagus (Hêtre), vivant ou mort. C’est donc un champignon saprophyte. Elle peut coloniser des troncs au sol, et si vous levez les yeux comme dans mon cas, vous pourrez l’admirer sur arbre vivant, parfois très haut. On peut la trouver à plusieurs altitudes, surtout en automne. Comme son nom l’indique son chapeau (1,5-10cm) est blanc ivoire, très visqueux voire gluant par temps humide. Son pied (3,5-10 x 0,2-1cm) est orné d’un anneau membraneux, il est blanc parfois gris, souvent strié en haut de l’anneau et très visqueux en dessous. Ses lames sont blanches, larges, espacées et adnées. Sa sporée est blanche. Ses spores sont grosses (15-18 x 13-16µm) et globuleuses ou presque. Son odeur est douce, je l’ai trouvée très fruitée. Sa saveur est douce aussi, même si elle n’est pas comestible.

Sources : Le Guide des champignons France et Europe 4ème édition. Guillaume Eyssartier et Pierre Roux (Belin). À la découverte des champignons de Bourgogne-Franche-Comté. Claude Page, Jean-Marc Moingeon, Andgelo Mombert, Gilbert Moyne, Daniel Sugny, Jean-Pierre Dechaume (Biotope Editions)